VALLEE DE SEINE: ENJEUX

Provocation grincheuse chez les « décideurs »! 

Le 02 juillet 2009 par Bernard FRAU Président de la Mission de réflexion sur la restauration et la préservation des espaces naturels dans le cadre du développement économique de la Basse Seine.  « 102 propositions pour réussir » Décembre 1991

Il n’y a rien de neuf sous le soleil ! Les acteurs changent mais les propos eux, sur le fond, ne changent pas ! Le 29 juin, à la chambre régionale de commerce de Rouen, aux côtés du président de la chambre, des  représentants, de la chimie, des travaux publics, de l’agriculture, et divers mouvements patronaux se sont relayés pour dire leur opposition  au classement des boucles de la Seine, dont la première, celle de Roumare, est annoncée pour cette année

A écouter ces « décideurs »  l’économie régionale serait en danger. 

Déjà en Décembre 1991, lors de la remise, au Ministre de l’environnement de l’époque, du rapport de la « Mission de réflexion sur la restauration et la préservation des espaces naturels dans le cadre du développement économique de
la Basse Seine », les mêmes « décideurs » nous chantaient, provocation en moins, la même musique. Seule différence ils ne portaient pas les mêmes noms et étaient moins ouvertement agressifs!

Il convient donc de rappeler un certain nombre de réalités !

La basse vallée de Seine dont personne ne veut ignorer le tissu industriel important qui y est implanté depuis Vernon jusqu’à son estuaire, reste pour l’essentiel un espace qui abrite des milieux spécifiques naturels d’une très grande richesse paysagère et écologique.

Les massifs forestiers, les prairies humides en fond de vallée, les marais et vasières de l’estuaire ainsi que les paysages agraires – cultures, herbages, et vergers – constituent des éléments important du patrimoine et de l’identité de la Normandie.

L’estuaire de la Seine, milieu écologique exceptionnel, indispensable à l’écosystème de la Manche contient, dans les vasières, des micro-organismes sans lesquels la croissance des petits poissons et des crustacés ne pourrait pas se faire. Cet endroit sert également de nurserie pour les crevettes et les poissons plats s’y rendent pour frayer.

Les vasières constituent, par ailleurs une station d’épuration naturelle pour les eaux polluées, chargées de métaux lourds de la Seine.

L’espace des anciens marais est aussi un lieu d’accueil pour le râle des genets, et des espèces migratrices : spatule blanche, canard pilet …

En dépit des alertes, des propositions émises pour leur protection, et, il ne faut pas hésiter à le dire, des avancées obtenues par le mouvement associatif écologiste, de réelles menaces  continuent de peser sur l’ensemble de ces milieux, reconnus d’importance majeure au plan national et européen.

Ces espaces ont été exposés à de nombreuses agressions d’origines urbaines, domestiques, industrielles et agricoles – mitage industriel lié à l’extension des ports, exploitation de gravières dans les zones humides, approfondissement du chenal et création de digues – sans que l’implication de l’Etat ne soit véritablement à la hauteur de la complexité  des intérêts et enjeux contradictoires qui s’y sont développés au fur et à mesure du temps.

La situation est très préoccupante et des décisions s’imposent si, pour reprendre une formule du rapport CES de 1996, nous voulons éviter qu’à « l’horizon de 2050, un comblement quasi-total de l’estuaire et sa réduction à un chenal ».

Rien ne doit se faire sans que toutes actions envisagées ne s’inscrivent dans un cadre, à la fois contraignant et dynamique, qui assure la conciliation des intérêts portuaires, industriels et agricoles dans le strict respect des équilibres écologiques.

La décision de classement des boucles de la Seine, dans cette perspective, est une bonne décision qui s’impose en particulier à l’heure où très justement le Président de la République envisage de faire du Havre le port de Paris.

«Les contraintes vont être énormes», a affirmé Christian Hérail le président de la Chambre régionale de commerce. Oui et c’est tant mieux !

Le Président de la fédération des travaux publics de Normandie, Marc-Antoine Troletti de son côté ne « supporte pas que des fonctionnaires de passage imposent leur regard et tant de contraintes». C’est bien dommage pour lui !

Qu’il descende de son bulldozer et qu’il prenne le temps, muni de jumelles, d’aller se ressourcer dans ces espaces et y observer la faune avicole. Peut-être prendra-t-il conscience de l’importance de la mission de ces fonctionnaires qu’il méprise et qui ne font jamais que mettre en œuvre la volonté exprimée par les citoyens !

A l’heure de créer, sur l’axe le Havre-Rouen-Paris, une communauté de projets coordonnés pour la Vallée de la Seine, les propos tenus lors de cette réunion impulsée par la Chambre de commerce de Rouen sonnent comme une provocation faite à l’esprit de la modernité qui veut qu’en matière d’aménagement du territoire, les politiques s’articulent autour de trois priorités inséparables, le vivant, l’humain et le naturel !

« On ne s’occupe que d’écologie » s’étonne le Président des Industries Chimiques de Normandie à propos du dossier de classement ! Et pour cause, un homme averti en vaut deux !

Ce ne sont ni les oiseaux ni les poissons qui, en ex URSS, ont pollué le lac Baïkal au point d’en détruire l’écosystème. Ce sont les productivistes échevelés qui s’y sont employés !

Certes comparaison n’est pas raison. Mais le ton général de cette réunion anti-nature et celui particulier de la conclusion du président de la Chambre de commerce n’augure rien de bon quand à l’esprit qui motive « les décideurs économiques ».

« Face à ce dossier qui continue d’avancer sournoisement et insidieusement, il conviendra d’envisager des recours le cas échéant »  déclare Christian Hérail!

Qu’il soit rassuré ! Du côté des écologistes militants, associatifs et politiques, nous saurons nous souvenir de ses propos et ne manqueront à aucun de nos devoirs de vigilance.   
  

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